Art-thérapie dans une friche socio-culturelle

Ateliers d’art-thérapie

à dominante arts-plastiques

dans une friche socio-culturelle : La Bifurk

Du 25 mars au 22 Juillet 2015

portés par l’association “Et Pourquoi Pas ?”, en partenariat avec l’hôpital de jour de la MGEN.

Le projet

Depuis près de deux ans, l’association “Et Pourquoi Pas ?” souhaitait mettre en place des séances hebdomadaires d’art-thérapie animées par un art-thérapeute professionnel, salarié de l’association, au sein du bâtiment de La Bifurk et en direction de personnes accompagnées par des structures éducatives, sociales ou sanitaires. Après plusieurs mois de réflexion et de rencontres avec des potentiels partenaires, le conseil d’administration de l’association a pris la décision de financer le premier cycle de séances afin que le projet puisse démarrer et connaître une phase d’expérimentation.
Quatre personnes ont ainsi participé à l’ensemble des 13 séances, d’autres ont participé au début du cycle, d’autres sont passées pour une séance seulement, simplement pour voir.

L’objectif principal de l’atelier étant de favoriser la relation, la communication, la curiosité et la découverte par l’intermédiaire des arts, les visites, les rencontres, étaient bienvenues.

Le lieu

Installé depuis 2002, La Bifurk est un équipement ressource qui accueille chaque année dans ses murs : 10 000 pratiquants, 5 000 spectateurs sur les expositions et événements, et plus de 20 intermittents du spectacle. Les pratiques proposées sont aussi diverses que la photographie, les concerts et spectacles vivants, les projections de films, les arts et sports urbains comme le graffiti, le skateboard, le basketball en plein air, etc. Cette structure est située dans une friche en pleine restructuration, dans le secteur 4 de Grenoble, et plus précisément dans le quartier Flaubert définit comme une Zone d’Aménagement Concerté.

Les intérêts

• Permettre à des personnes de se rendre dans un lieu culturel et sportif pour pratiquer une activité d’expression artistique au sein d’un groupe.
• Permettre, par une pratique artistique, l’émergence d’une expression propre aux participants et susceptible d’engager une dynamique d’amélioration de leur qualité de vie.
• Favoriser pour les personnes bénéficiant des ateliers, les rencontres, la curiosité envers les activités culturelles et sportives menées à La Bifurk et éventuellement l’engagement dans une de celle-ci.
• Permettre le croisement d’usagers et de professionnels issus de différents horizons dans un lieu médiateur.
• Favoriser la déconstruction des représentations en organisant des temps de rencontres conviviaux autour des productions réalisées en atelier dans la salle d’exposition de La Bifurk.

Les Objectifs de l’atelier d’art-thérapie

Les ateliers d’art-thérapie consistent à favoriser la qualité de vie d’une personne en s’appuyant sur son potentiel à s’exprimer par l’intermédiaire d’une pratique artistique. La dominante proposée se fonde sur un ensemble de techniques ayant pour principal support l’image (dessin, peinture, etc.), et regroupé sous la dénomination des “arts plastiques”.
Le participant ne doit pas nécessairement avoir pratiqué ultérieurement une de ces techniques artistiques.

Si les objectifs thérapeutiques sont individualisés, il existe néanmoins des objectifs généraux et intermédiaires spécifiques à la prise en charge art-thérapeutique à dominante arts plastiques telle qu’elle est proposée à La Bifurk.

Favoriser l’insertion sociale des personnes

• permettre l’intégration à une dynamique de groupe,
• stimuler les capacités sociales et favoriser l’implication relationnelle,
• permettre le croisement et la rencontre inter-public,
• sensibiliser aux différentes pratiques artistiques,
• susciter la curiosité et éventuellement l’adhésion aux pratiques culturelles et sportives se
déroulant à La Bifurk,
• exposer au grand public les productions réalisées en atelier dans la salle d’exposition L’Aiguillage.

Améliorer la qualité de vie des personnes

• favoriser l’expression, la communication,
• stimuler et valoriser les capacités opérantes,
• diminuer l’anxiété et/ou la douleur perçue au profit du plaisir sensoriel et esthétique,
• favoriser l’engagement dans l’activité, diminuer l’apragmatisme,
• stimuler les capacités cognitives et motrices,
• stimuler la faculté critique en travaillant sur les notions d’objectivité et de subjectivité.

Le contenu des séances

Séance n° 1
Ce que j’aime / Ce que je n’aime pas

Pour la première séance, il est important que chacun puisse se présenter aux autres membres du groupe.
Pour cela, quoi de mieux que de parler de ses goûts … et de les dessiner !
Après la diffusion du court-métrage de Jean-Pierre Jeunet, “Foutaises”, qui montre un homme racontant ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas, chacun a fait deux colonnes et comme le personnage du film, a énoncé ce qu’il aimait et ce qu’il n’aimait pas.
Ensuite, chacun a choisi certains des éléments qu’il avait énoncés pour l’intégrer dans un dessin.

L’ échauffement “musico-graphique”
Pratiqué au début de certaines séances, cet exercice dirigé consiste à laisser aller son crayon sur une grande feuille A3, au rythme d’une musique diffusée.
Il est demandé de se détendre et de se concentrer sur la musique et non sur ce que l’on dessine.
Pour faciliter le lâcher-prise que demande cet exercice, il est préférable de fermer les yeux.

Choisir une thématique collectivement

Des idées individuelles au consensus collectif

D’abord, sur une grande feuille blanche, chacun a écrit les thématiques qu’il souhaitait aborder.
Ensuite, collectivement, nous avons associé des mots entre eux pour former des grands thèmes.
Individuellement, nous avons alors choisi deux grandes thématiques et nous avons écrit 5 mots pour chacune d’elles.
Avec ces 5 mots, nous avons écrit un texte, puis nous avons lu nos deux textes, à tour de rôle, à l’ensemble du groupe.
Pour finir, nous avons discuté de nos différents choix pour se mettre d’accord sur un thème commun…

L’ élaboration collective

L’expression de chacun dans une même production artistique

Nous avons d’abord choisi collectivement le support et les techniques artistiques par lesquels nous souhaitions nous exprimer. Notre choix s’est porté sur la réalisation d’une fresque avec pour principales techniques, celles des arts-plastiques.
Nous avons tenté d’imaginer cette fresque à partir des techniques choisies et de notre thématique : le rêve.
Après ce temps d’élaboration individuel, chacun a exprimé ses idées au reste du groupe et une discussion sur le contenu et la composition de la fresque s’est instaurée.
De cette discussion, des sous-thématiques se sont dégagées pour nous guider dans nos premiers croquis…

Les croquis

Avant de passer sur le support final, nous avons fait quelques croquis au brouillon, nous sommes allés chercher certaines références culturelles et artistiques correspondant à notre thème,…
Puis, nous avons commencé la réalisation de notre grand croquis, sur un support proche du format final. Nous avons continué à réfléchir à la composition. Nous avons placé le cadre général, réalisé les fonds de couleurs et agencé les premiers éléments figuratifs choisis.
Tout en faisant, les idées ont continué à émerger et la fresque s’est enrichie jusqu’à donner ce triptyque, que vous pouvez contempler aujourd’hui.

L’exposition finale
le 22 juillet 2015 à l’Aiguillage

Bilan des évaluations

En ce qui concerne les objectifs relatifs à l’insertion sociale, une dynamique de groupe a rapidement émergée favorisant la communication et la relation entre les participants. Ces derniers se sont progressivement engagés dans l’activité et ont pu ainsi élaborer collectivement, au fil des séances, leur production finale, une fresque composée de trois panneaux sur la thématique du rêve. Si certains étaient plus investis que d’autres ou avaient davantage d’idées ou d’initiatives, nous avons été attentif à ce que chacun puisse trouver sa place et sa spécificité au sein du projet. Ainsi, M. a choisi de travailler plutôt l’écriture, N. plutôt la photo, S. a été davantage sur l’élaboration des formes figuratives quand R. a préféré faire les aplats de couleur ou les formes abstraites comme les nuages. Ces choix ont été fait par les participants en fonction de leurs goûts propres et de leurs compétences.
Répondre à la curiosité, au désir esthétqiue, à l’envie d’apprendre a permis de favoriser l’engagement et le plaisir à faire. De plus, avec un étayage adapté, chacun a pu se sentir valorisé dans son action. Au fil des séances, les relations entre les participants se sont renforcées et la satisfaction quant à leur production collective n’a cessé de croître. Au terme du cycle de prise en charge, le souhait a été formulé à l’unanimité d’exposer la fresque réalisée. Lors de l’exposition, tous étaient présents et ont convié leur proche. Ils expriment chacun leur satisfaction.
La mise en place d’une dynamique de groupe a été facilitée par les relations entre les participants antérieures à l’atelier. La production collective a permit d’encourager certains participants dans leur action alors qu’ils montraient parfois une grande fatigabilité ou une difficulté à se concentrer.
Néanmoins, une personne a souhaité arrêter l’activité à la troisième séance, nous formulant sa difficulté à travailler en groupe. La production collective pourrait être réalisée sur des supports individuels afin d’éviter cette difficulté.

En ce qui concerne les objectifs individuels relatifs à l’amélioration générale de
la qualité de vie, l’évaluation a montré une progression moyenne pour chacun des participants.
Nous avons observé une diminution de l’apragmatisme pour R. et N. et une augmentation de leur concentration pendant l’action. Malgré certaines difficultés relationnelles, nous avons observé, pour ces deux participants, de meilleures capacités relationnelles et une affirmation de soi de plus en plus assumée au sein du groupe. Pour M. qui s’est très vite investit dans l’activité et qui a été un élément moteur de la dynamique de groupe, nous avons observé une communication de plus en plus adaptée, corrélée à une affirmation de soi qui laisse davantage la place à l’autre. En effet, si pour certains participants, l’enjeu était de les engager dans l’activité et dans la dynamique de groupe, pour M. l’objectif était de valoriser son investissement tout en le canalisant afin, d’abord, qu’il ne prenne pas “trop de place” au sein du groupe et ensuite, pour que nous maintenions une distance relationnelle nécessaire à une bonne relation thérapeutique. Pour S., qui a été participant pendant près de deux ans à un atelier d’art-thérapie que nous animions, il a montré d’emblée un grand engagement dans l’activité. Notre attention s’est plutôt portée sur ses capacités relationnelles, que se soit au sein du groupe ou dans La Bifurk, au début, à la pause et à la fin de l’atelier. Nous avons ainsi observé une diminution de la distance relationnelle et de l’anxiété au contact avec autrui au fil des séances et une très bonne adaptation à la dynamique de groupe.
Pour chacun des participants, le résultat de la production finale a été très satisfaisant. Lors de l’exposition, tous ont montré des signes de valorisation, notamment communiqués à leurs proches qu’ils avaient conviés.
En résumé, les objectifs relatifs au premier cycle de prise en charge art-thérapeutique à La Bifurk ont été globalement atteints. Les séances ont permit la mise en place d’une dynamique de groupe dans laquelle chacun a pu affirmer ses goûts, son style, mais aussi ses craintes et ses désirs.
Au terme de ce premier cycle, l’ensemble des participants souhaiteraient pouvoir poursuivre l’art-thérapie à La Bifurk.
En attendant de pouvoir confirmer ou pas, la mise en place d’un second cycle de séances, les participants souhaitent exposer dans différents lieux la fresque qu’ils ont réalisée.

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