Jeunesse(s)

Le projet, Pourquoi les lycéens, et pourquoi pas?

L’association Et Pourquoi Pas? a été sollicité par Martin Julier-Costes qui organise pour l’IFTS un colloque sur l’adolescence et la jeunesse les 25 et 26 mars 2011 à la MC2 de Grenoble. La demande consiste à proposer une approche différente, voir décalée de la jeunesse, en parallèle du colloque. Nous créons un groupe de travail au sein de l’association, composé de 5 bénévoles âgés de 21 à 29 ans. Chacun d’entre nous exerce une activité professionnelle, dont certains dans le secteur de la jeunesse. Nous nous retrouvons autour de la volonté de s’interroger sur le thème de la jeunesse, de dégager des besoins et si possible de développer des outils … Voilà le postulat de départ.

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Sauf que le thème est large et les pistes de travail sont nombreuses. Dans un premier temps, beaucoup d’idées émergent : la volonté de ramener les participants à leur propre jeunesse, mettre en exergue la rapidité avec laquelle nous pouvons oublier ses revendications d’adolescents, confronter les représentations des « adultes » avec celles des « jeunes », favoriser une interrogation critique et constructive … Pour autant nous n’avons que 3 petits mois et l’action est bénévole. Il nous faut donc recentrer, cibler et définir un axe de travail. C’est en regardant la plaquette du colloque qu’un point fait l’unanimité : où sont les jeunes au sein de colloque, apparemment nulle part si ce n’est au cœur des préoccupations des personnes qui participeront au colloque … Nous décidons donc d’essayer de rapporter la parole des jeunes au sein du colloque, tel en sera l’objectif. A partir de là, la démarche s’affine mais les interrogations sont nombreuses : comment rapporter la parole des jeunes ? Qui sont ces « jeunes » ? Où recueillir leur parole ? Vont ils se saisir de notre proposition ? La durée de 3 mois ne permet pas pour autant, et ce ne sera pas l’objectif, de mener une étude sociologique sur l’expression des jeunes. En même temps, pour prétendre rapporter leur parole, il nous faut rencontrer des jeunes de divers horizons, aux opinions variées et surtout prendre le temps d’échanger,de les écouter.

Les lycées nous apparaissent être un support pertinent et accessible aux rencontres et aux échanges. Un premier rendez vous est pris : Lycée Champollion entre 12h et 14h un lundi et on avisera si ça ne marche pas … Nous apportons le maximum de matériel à notre disposition pour leur offrir différents supports d’expression : caméra vidéo, appareil photo, micro ou papiers et stylos.

Notre entrée en relation est la suivante : « Bonjour, on fait partie d’une petite association d’expression grenobloise et on aimerait aborder différents points avec vous par rapport à la jeunesse. Il y a un colloque fin mars à la MC2 sur la jeunesse où de nombreux professionnels vont aborder ce thème donc si vous souhaitez vous exprimer sur un point en particulier, nous pouvons porter votre parole et la présenter dans une installation visuelle que nous allons faire dans le hall de la MC2 … »

A notre plus grande satisfaction, ce temps est une réussite. Beaucoup de jeunes acceptent l’échange et la diversité des supports proposés semble leur permettre de s’exprimer sans crainte. Les sujets abordés sont variés (les études, l’avenir, la citoyenneté, l’engagement, les drogues, la sexualité, les relations humaines … ) et les échanges denses et considérables (45 minutes pour certains groupes.

Un point nous marque durant cette première journée de micro trottoirs, tous les jeunes interviewés nous remercient de la démarche en nous disant « ca fait du bien de parler de tout ça… ». Le besoin d’expression nous apparait prégnant.

A partir de cette première expérience, nous décidons de reproduire ce type d’interview et de s’en servir comme support principal pour notre action au sein du colloque. Cependant, il nous faut diversifier les lieux d’interview, avoir le maximum de contenu. S’enchainent un micro trottoirs devant le lycée Stendhal et 3 micro trottoirs devant le lycée Mounier.

Nos impressions se confirment, le besoin d’échange et d’expression des jeunes lycéens rencontrés est important et leurs avis et leurs analyses sur les sujets abordés sont d’une grande richesse. Mais comment les utiliser, les retranscrire ?

A partir de ces micros-trottoirs s’articule le projet d’EPP, nous souhaitons transmettre les ressentis, les opinions et les messages des jeunes lycéens rencontrés mais nous souhaitons également les mettre en lien avec les personnes participantes au colloque, les confronter. Pour cela nous réalisons un questionnaire qui sera distribué au début du colloque sur le thème de la jeunesse. Nous organisons un espace d’accueil qui doit permettre d’attirer les participants autour de contenus divers et variés sur le thème de la jeunesse : magazine d’époques sur le sujet, ordinateurs pour accéder à certains sites internet, mise en lumière de projets socioculturels et du développement de nouveaux outils …

2 points ont particulièrement attirés notre attention dans la réalisation de ce projet et ont ouvert des pistes de travail :

  – l’aller-vers : le micro-trottoir s’inscrit dans cette démarche, aller à la rencontre sans d’autres objectifs que d’échanger, interagir. Les techniques d’entretien sont semi directives (questions orientées) ou libres, sans orientation autre que le thème de la jeunesse. De fait, les échanges qui s’en suivent sont souvent libérés et sincères. Certains jeunes ont pu nous dire « c’est rare d’échanger librement sur ces sujets là, ça fait du bien ». Nous nous sommes étonnés de leur propos, de leur capacité de réagir et de s’adapter face à ce qui peut parfois inquiéter leur parents. Nous nous sommes aussi inquiétés des témoignages de leurs doutes, de leurs conduites à risques et rappelés également que l’adolescence n’est pas chose facile. Cette démarche de l’ « aller vers » est à la base de l’intensité des échanges, elle nous a permit d’être sur un pied d’égalité et de recueillir leurs témoignages de manière brute . Elle nous conforte également, en tant que professionnels intervenant auprès de la jeunesse, que l’aller vers est le socle essentiel de notre entrée en relation avec les jeunes concernés qui souvent ont une certaine réserve, voir crainte, vis à vis des structures institutionnelles aussi larges soit elles.

  – le besoin d’expression : certains des jeunes interviewés relatent un manque de supports d’expression ou un manque de considération (dans leur lycée, leurs famille, leurs quartier ou leur ville). Ils peuvent avoir le sentiment de ne pas être entendu et de ne pas avoir de capacité d’agir sur la société. Ce constat qui peut rejoindre notre point de vue nous interpelle quant à la capacité d’une société d’écouter et de considérer sa jeunesse, certains nous ont même parlé de « flicage permanent ». Pour autant la citoyenneté des jeunes est un concept en vogue qui semble revêtir un caractère trop institutionnel, dont il est nécessaire d’étudier les limites.

Au final, le projet d’EPP? nous a donné envie de continuer et de réfléchir au développement de nouveaux supports et outils d’expression. Pourquoi pas continuer les micros-trottoirs ? Pourquoi pas les élargir ?

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