Un livre sur La Place.

Le livre Disponible sur notre Boutique Et Pourquoi Pas?

Sommaire :

Avant-Propos

Une histoire de rencontre

Ce livre mêlant textes, images et dessins a été rédigé à trois : Nicolas Moiroud et Lionel Thibaud, éducateurs spécialisés et Matthieu Vallet, art-thérapeute. Nous intervenons dans le secteur médico-social et pratiquons tous les trois une activité artistique, principalement la photographie et la peinture.

Lionel et Matthieu ont tous deux travaillé au CHRS de stabilisation La Place. Nicolas est quant à lui arrivé dans la structure avec l’idée d’un photoreportage. L’édition de ce livre est l’aboutissement d’un projet socioculturel porté par l’association Et Pourquoi Pas ? et soutenu par l’association Le Relais Ozanam et la Fondation Abbé Pierre. Mais c’est surtout ce que nous avons découvert qui a fait naitre ce projet : une friche vivante, une structure sociale insolite, une équipe engagée, des personnes accueillies marquantes et un désir partagé de construire ensemble.

Ce n’était pas rien d’arriver dans un lieu comme La Place – où le quotidien était intense et l’intimité des personnes précaire, et de prendre des photos.

Les premières photos ont été prises en 2008, les dernières en 2011. Des plans larges du lieu qui permettaient au départ de se fondre dans le quotidien aux portraits des habitants qui témoignent de la confiance qui nous a été accordée, ce livre relate l’aspect progressif de notre approche photographique. Lorsque l’objectif de l’appareil était tout prêt du visage d’une personne, il s’agissait avant tout d’un échange, d’un instant partagé et parfois d’une mise en scène. Sans approbation, il n’y avait pas de photos et encore moins de tirages.
L’acte de photographier peut-être intrusif, il fige un instant et laisse une trace. Pour des personnes qui avaient souvent une image d’elles-mêmes fortement dévalorisées, le rapport à l’image était de toute évidence complexe. Il nous a fallu entrer en lien, nous faire connaître, expliquer notre démarche et la présence de nos appareils photos, puis de nos pinceaux, prendre le temps de tisser des relations de confiance.

Si certaines personnes ont pu se mettre particulièrement en scène et nous offrir des clichés aisés, d’autres ont été réticentes à paraître sur les photos. Elles ont pu refuser que leurs images soient diffusées ou souhaiter qu’on ne puisse pas les reconnaître, ces choix ont évidemment été respectés.

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Le contenu

L’aventure que nous allons vous raconter est celle d’une structure sociale atypique, La Place, portée par l’association Le Relais Ozanam. Ce Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS) dit de “stabilisation” a ouvert ses portes à Grenoble en 2008 et a eu pour vocation d’accueillir des personnes en errance, celles “étiquetées” comme désocialisées et en situation de grande exclusion.

La Place, c’est une histoire de femmes, d’hommes et de chiens qui ont fait vivre un lieu et un projet. Ils se sont rencontrées, ont appris à se côtoyer et à vivre ensemble. Ce lieu de vie, loin d’être parfait, où l’habitat était précaire et les personnes accueillies souvent en grande souffrance, a néanmoins été le théâtre d’une aventure humaine singulière. Cependant, celle-ci a prit fin en juin 2011 avec la fermeture de la structure.

L’histoire de La Place débute par un projet social innovant à forte dimension partenariale. Sur cette base, l’équipe d’intervenants sociaux a pu développer et créer un lien particulier avec les personnes hébergées fondé sur la tolérance, le respect et l’esprit d’auto-construction. Ensemble et au fil du temps, ils ont défini des codes et se sont adaptés pour favoriser la vie en collectivité. Au quotidien, l’accompagnement social proposé par l’équipe reposait en partie sur les notions “d’accueil” et de “prendre soin”.

Ce livre se veut mémoire de cette expérience ambitieuse et riche d’enseignements. Nous allons tenter de vous raconter La Place à travers nos yeux et nos rencontres. Pour l’écrire, nous avons réalisé différentes interviews des personnes hébergées, des professionnels de l’équipe, des membres de l’association Le Relais Ozanam et des partenaires du projet. C’est à partir de leurs propos que nous avons construit la narration. Autour de celle-ci s’articulent différents écrits : des extraits de documents institutionnels et des encarts destinés à l’expression de différentes personnes concernées par cette expérience. Nous avons souhaité croiser les points de vue pour tenter d’offrir une approche globale de cette structure sociale.

Ce livre se rapproche d’un photoreportage. Les textes sont accompagnés de photos prises par Nicolas et Lionel et d’illustrations de Matthieu. Ces images font partie intégrante de la narration. Ce livre, qui se compose de cinq parties, se prête ainsi à plusieurs lectures. À travers les extraits, les citations, les encarts, les photos légendées et les dessins, il peut se feuilleter, se parcourir d’une façon ludique.

Notre motivation dans la rédaction de cet ouvrage repose sur notre conviction de l’utilité de dispositif comme celui de La Place, qui offrent des possibilités de haltes et de repos à des personnes souvent fatiguées par des années de vie dans la rue et des parcours chaotiques. Nous espérons ainsi témoigner, à notre façon, de la pertinence du travail mené dans cette structure et plus largement de la nécessité d’apporter des réponses sociales respectant à la fois la parole, la dignité et les droits des personnes accompagnées.

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Pourquoi ce livre ?

Nous avons consstruit cet ouvrage à la fois avec la volonté d’illustrer l’accompagnement des personnes en “errance” et dans un souci de vulgarisation du travail social réalisé à La Place.

Le livre a deux objectifs :

  • permettre à tout le monde de découvrir l’histoire de La Place, son projet, son quotidien, les personnes qui y ont habité ou travaillé. Cette partie est écrite à trois (Lionel Thibaud, Matthieu Vallet, et Nicolas Moiroud) à partir des interviews réalisées auprès des habitants, de l’équipe socio-éducative et des partenaires ;
  • transmettre un savoir-faire, une philosophie et une manière de concevoir le travail social auprès des plus fragiles. Cette partie est écrite par les personnes les plus « habilitées » à le faire. Ainsi, vous pourrez lire les écrits des travailleurs sociaux de La Place, du chef de service, du directeur, d’une administratrice du Relais Ozanam, des habitants de La Place et d’autres acteurs ayant participés de prés ou de loin au projet tel que Christophe Blanchard (sociologue) ou Marc Uhry (chargé de mission à la Fondation Abbé Pierre Rhône-Alpes).

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En conclusion

En juin 2013, à l’heure où nous terminions cet ouvrage, La Place avait fermé ses portes depuis près de deux ans. L’expérience de cette structure, par son originalité mais aussi par sa précarité, est un témoignage qui soulève un questionnement toujours d’actualité.

Quand la majorité des centres d’hébergement refuse encore les personnes accompagnées d’animaux, quand la question de l’ouverture de salles d’injection pour toxicomane est sans cesse débattue, l’expérience de La Place ne vient pas apporter un modèle mais elle vient dire qu’il est possible de s’interroger sur les pratiques et de les adapter. Il est possible d’ajuster les cadres d’accompagnement aux spécificités des personnes et pour cela il est nécessaire de prendre le risque d’expérimenter et de toujours se critiquer.

Vous l’aurez compris en nous lisant, nous n’avons pas choisi de faire preuve d’impartialité dans notre narration. Nous sommes clairement séduits par ce type de dispositifs non-standardisés, respectueux des individualités et qui fonde son cadre sur la nécessité de répondre aux problématiques de chacun, sans discrimination. Ce sont des valeurs nobles, belles à écrire ou scander mais difficiles à appliquer dans la réalité quotidienne d’une structure d’hébergement. La Place s’est efforcée de défendre ces valeurs.

C’est une prise de risque que de sortir des ornières bien pensées du travail de réinsertion sociale, mais au combien nécessaire au regard des disparités de ceux qui sont censés en bénéficier. C’est cet effort d’adaptation, de créativité parfois, qui a amené à considérer La Place comme étant une structure atypique. Pourtant, cette particularité devrait être le point commun de tous les dispositifs visant les personnes les plus marginalisées. Ces personnes qui ne se sont pas adaptées, pour des raisons diverses, aux normes contraignantes de notre société ne devraient pas s’adapter mieux à la norme du travail social. C’est aux structures sociales de s’ajuster aux problématiques des personnes qu’elles accueillent et non l’inverse ; sinon, nous acceptons d’exclure du système de solidarité les personnes qui en ont le plus besoin.

Nous défendons ce qu’était La Place mais nous ne souhaitons pas l’idéaliser car elle a su montrer ses limites. Nous avons tenté, tout au long de cet ouvrage, de relater les questionnements et les réflexions consécutifs à certaines difficultés que la structure a rencontrées. La précarité des locaux, le fonctionnement d’équipe, la réflexion sur la RDR, les modalités d’accompagnements jusqu’à la fermeture sont autant de sujets complexes qui ont pu parfois diviser. Cependant, nous avons observé à La Place des professionnels et des habitants avançant côte-à-côte. Elle n’aurait pas été la même sans eux. Nous nous sommes efforcés, notamment par leurs paroles, de transmettre la richesse de leurs réflexions et la force de leur engagement dans ce lieu. C’était une aventure de femmes, d’hommes et de chiens.

Depuis la fermeture, chacun a poursuivi son chemin. Nous sommes restés marqués par cette expérience. Peut-être est-ce parce que, comme toute aventure humaine collective, elle était à la fois assez idéalisée et contrainte pour forcer l’ouverture d’esprit. En cela, La Place était une bonne école de la vie et du vivre ensemble. En cela, elle aura laissé des traces. Ce livre en est une .

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