Se raconter nos interdits, d’hier et d’aujourd’hui

A tous les âges, nous faisons face à des interdits que l’on s’impose ou que l’on nous impose, à quel moment et pourquoi les franchissons-nous? Nous sommes allés poser cette question à douze personnes de différentes générations en leu proposant d’élaborer une exposition commune et un livre, faits de leurs récits et de sa mise en image. Se Raconter nos interdits, d’hier et d’aujourd’hui, est l’histoire d’une double rencontre : celle qui a réunit des personnes âgées et des jeunes et celle qui a réunit leurs paroles.

Dès décembre 2017, l’association Et Pourquoi Pas? décidait d’aller à la rencontre de personnes âgées en EHPAD* et de jeunes résidents en MECS* afin de les questionner sur leur rapport aux interdits. Un projet d’ateliers d’expression artistique a été élaboré par l’association puis soutenu par la Fondation des Petits Frères des Pauvres* pour commencer en mai 2018.

Les sept membres de l’association, investis dans le projet rencontrent Caroline Gaffet, éducatrice à l’Étoile du Rachais et Marion Dechenaux, animatrice à la résidence des Petites Sœurs des Pauvres. Elles se saisissent du projet et rendent possible l’organisation de cinq ateliers dans chacune des structures.

Au sein de ces ateliers collectifs, six jeunes d’un côté, six personnes âgées de l’autre se retrouvaient une fois par semaine. Durant les premiers ateliers, chacun s’est présenté à l’aide d’un texte et d’une photographie. Petit à petit, à l’aide de discussions collectives et de conversations en binôme avec un animateur, chacun a pu donner sa vision de l’interdit ainsi que son expérience pour en faire une affiche, avec une photographie qui venait illustrer son témoignage.

Cherchant à rentrer dans la complexité, les membres de l’association ont proposé un temps d’échanges autour des représentations que chacun des groupes pouvaient avoir de l’autre. Des préjugés ont été choisis et illustrés en groupe. A la fin de ce travail, les douze participants se sont rencontrés à l’occasion d’un repas. Après avoir pu découvrir ensemble l’exposition de leur œuvre, l’équipe d’animateurs a proposé une discussion duelle entre un jeune et une personne âgée au cours de laquelle ils ont pu partager et interroger leurs préjugés mutuels.

Une exposition raconte ces échanges, entre récits et photographies, entre présentations, interdits et préjugés. Un livre retrace l’ensemble de ces ateliers, reprenant les photographies, les dessins, les paroles de groupes et les témoignages issus de ces ateliers.

Ce projet a été construit par six bénévoles et trois salariés de l’association. Il a été l’occasion de permettre aux bénévoles de s’inscrire davantage dans les ateliers de l’association. Il est né d’une volonté d’interroger des publics spécifiques et de faire se croiser des personnes qui ont peu l’habitude de se côtoyer, de faire se rencontrer différentes générations autour de la question posée tout au long de l’année 2018 : A quel moment et pourquoi avez-vous franchi des interdits? Plus particulièrement, nous souhaitions interroger des adolescents et des personnes âgées résidents en institution, parce que nous pensions que ces deux générations différentes de l’âge adulte étaient peut-être celles qui subissent le plus de représentations.

Nous avons pu constater que ces ateliers ont permis, d’une certaine manière, de renforcer le lien social et intergénérationnel et de favoriser l’échange d’expériences entre des personnes de différentes générations. Que ce soit les membres de l’association, les professionnels ou les participants, l’ensemble des protagonistes ressortent de cette expérience, à la fois plus enrichis, à la fois suffisamment frustrés pour souhaiter que cette aventure se poursuive et se développe.

Ces témoignages nous invitent à aborder ce sujet avec complexité parce qu’ils sont indissociables d’une époque ou d’une culture et plus encore parce qu’ils sont singuliers. Ainsi, ces portraits nous renvoient à nos propres questionnements, représentations, contradictions et préjugés concernant notre relation aux interdits.

Qu’elles soient “jeunes” ou “vieilles”, certaines personnes subissent des représentations et leur parole est peu vue et entendue dans l’espace public. Si nous nous attachons à considérer les personnes au delà de l’âge, les vécus au delà des représentations et chaque parole comme ayant une valeur équitable, peut-être arriverons-nous à décloisonner ces normes et interdits qui nous éloignent les uns des autres.

Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.